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L’improvisation au primaire : un enseignant témoigne


élèves sur une bande d'improvisation primaire

Pour développer une bonne improvisation, les joueurs doivent faire preuve de créativité, d'audace et d'être à l'écoute des autres joueurs. Ces qualités qui s'acquièrent avec la maturité pourraient nous laisser croire que les jeunes du primaire ne les possèdent pas encore et qu'ils ne seront forcément pas prêts pour pratiquer cette activité si enrichissante. Afin de savoir si les élèves du primaire sont à la hauteur du défi de l'improvisation, nous avons eu la chance de nous entretenir avec un enseignant en art dramatique.


« Francis, la première fois que tu as proposé à tes élèves d'improviser, est-ce qu'ils te regardaient avec de grands yeux interrogatifs ou s'ils connaissaient l'improvisation ?


Rép. : Certains connaissaient le mot (rires), mais la plupart ne savaient pas ce que ça impliquait du tout.


-Est-ce que c'est long le processus de leur apprendre l'impro au début jusqu'au jour où vous commencez à avoir du plaisir ?


Rép. : Tout dépend de l’intérêt de l’élève; ceux qui aiment la scène, le jeu, les présentations orales y trouvent leur compte très rapidement. Ils en mangent sur le champ, si je peux dire. D’autres en sont effrayés au début, préférant regarder leurs camarades s’éclater, puis, petit à petit, effet de groupe agissant, ils s’essaient, entendent les amis rire, prennent confiance et font peut-être partie du spectacle de fin d’année !!


-Est-ce qu'il y a des sujets que tu privilégies ou évites avec des élèves du primaire ?


Rép. : On essaie de tout. On fait de l’impro surtout au 3e cycle et ils sont avides de tout, alors, on se lance dans toutes les directions. Ça mène parfois à des sujets qui touchent les « hormones ». On prend alors un temps pour en discuter plus sérieusement, l’école est là pour ça, finalement. Bref, on parle de tout, sans tabou. C’est ma façon de voir les choses !



-As-tu eu la chance de voir des élèves se développer et de prendre de l'assurance, en fait, d’assister à de belles histoires de vie finalement ?


Rép. : Tu dis !!! L’impro, l’art dram en général, confronte les jeunes et moins jeunes, vient puiser dans des ressources cachées et inconnues des élèves et plusieurs se découvrent des talents créatifs. Je suis tellement content de voir des jeunes éclorent sur scène alors que lorsque je les ai connus, il y a trois ans maintenant, je ne me doutais pas des étincelles qu’ils feraient sur scène trois ans plus tard. D’autres enseignants sont d’ailleurs surpris d’entendre qu’une telle et son masculin font de l’impro. Ils sont encore plus surpris quand je leur dis qu’ils excellent et, vachement étonnés, quand ils apprennent que ces jeunes ont choisi art dram au secondaire. Je crois franchement que l’impro a bouleversé des vies à cette école. C’est génial !!


-Est-ce qu'il y a un lien spécial que l'improvisation permet de développer à l'intérieur de la classe ?


Rép. : Certes. Notre troupe d’impro est soudée, solidaire et solide. On s’aide, on se comprend et on partage tout. Sérieux ! Ils apprennent tellement à se connaître, à développer l’entraide, l’empathie, la compétition saine, à se responsabiliser (plusieurs ont des rôles à jouer : arbitre, juge, responsable des répliques). On forme une petite famille qui partage sa passion avec les autres le vendredi midi lors des matchs. C’est festif, il y a de la musique, on bouffe ensemble, on vote ensemble et on s’émeut ensemble. Une maudite belle gang qui me donne du « jus » en masse cette journée-là. Et j’ai développé des relations de confiance à un niveau jamais égalé depuis que j’enseigne. La confiance règne dans le local d’art dram !!!


-Est-ce long avant que les jeunes arrivent à créer des improvisations bien cousues et où on retrouve une synergie entre les improvisateurs ?



Rép. : Ça prend un certain temps puisque, souvent, on part de zéro. Les jeunes n’ont jamais ou presque vu de matchs d’impro, doivent apprendre la mécanique d’une joute (le prof aussi…) et surtout, doivent se laisser aller. On n'apprend pas beaucoup ça sur une chaise d’école. L’impro déconstruit un tantinet le modus operandi du cursus scolaire : « Assois-toi comme ça, silence dans les classes, ne dis pas de niaiseries, franchement ça n’existe pas un pompier hydrophobe ». L’impro est un autre type de contexte scolaire. En impro, on doit éviter de juger nos idées, apprendre de nos bons coups, peaufiner nos réflexions, s’exprimer au plus haut point, puis laisser parler notre « Ça ». C’est dur ça. Mais ça fait du bien en mautadine. En revanche, toute la curiosité que peuvent instituer les apprentissages aux élèves peut et doit servir le joueur d’impro. Les deux se compli-plémentent !




En terminant, j'aimerais ajouter que les moments d'impro font partie des plus beaux moments de mon enseignement parce que ce sont des moments privilégiés où j'apprends à mieux connaître mes élèves, car ils ont de la latitude pour exprimer leur créativité. Nous développons des liens plus forts parce que nous rions ensemble et le rire est un liant très puissant. L'ambiance de classe s'en trouve changée positivement l'année durant.


On remercie notre ami, Francis Legris-Laliberté, enseignant d’art dramatique au primaire à la CSSRDN pour son dévouement auprès de ses élèves !

bande d'improvisation primaire





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